X

Scan the code below

Articles

banner
Terrorisme entre pauvreté et marginalisation: une relecture des causes du terrorisme
Publié(e) par Dr. Amani Massoud Al-Houdaini
Dr. Amani Massoud Al-Houdaini.  

Le terrorisme, qui signifie l’usage excessif de la force et l'état résultant de la panique, la peur et la terreur parmi la population, n’a historiquement été que le produit de trois matières premières, si l’on peut dire : une société fragmentée basée sur l'exclusion, le pouvoir exclusif injuste et le dogmatisme des croyances et des idéologies (le fanatisme et la passivité intellectuelle). Et le plus surprenant, c'est que chacun de ces facteurs est capable d'éliminer la zone de modération et de consensus existant entre les pays et les communautés, laquelle zone est susceptible de nous garder lucides et de réguler rationnellement et humainement le comportement.

Historiquement, et contrairement aux années 70 et 80, où les objectifs du terrorisme étaient plutôt politiques et idéologiques et dont les revendications étaient pour la plupart légitimes, que l’on y souscrive ou non, le terrorisme au 21ème siècle vient viser l'épuisement des ressources humaines et matérielles à plus grande échelle, afin de répandre la terreur et la peur parmi les innocents, ce qui nous amène à nous interroger sur les motivations profondes de ces mouvements terroristes et sur leur nature.

La propagation de la pauvreté, les inégalités des richesses et les maigres ressources ont indubitablement contribué, à long terme, à un état de frustration, qui a soulevé à son tour des formes et des modes différents et curieux du terrorisme. Certains pensent qu'il existe des soi-disant motivations au terrorisme dont les plus importantes sont l’état d’abattement et l'évanouissement de l'identité, faisant ainsi du monde musulman dans la dernière décennie de ce siècle l’exemple le plus frappant quant à la réunion de facteurs déclencheurs de la violence et du terrorisme.

Les répercussions de la mondialisation ne se limitent pas aux domaines économique, politique et sécuritaire ni aux échecs sur le plan culturel, mais les dépassent pour constituer l’un des motifs déclencheurs du terrorisme. En effet, à travers son échec inclusif à gommer les différences, elle a participé à la naissance d’une forme curieuse du terrorisme, favorable à une sorte d’enfermement néfaste pour des motifs d’ordre identitaire. Et cela devient d’autant plus alarmant encore lorsque certains extrémistes ont posé leur terrorisme idéologique comme une alternative à cette mondialisation déformée et boiteuse, rendant ces deux variables, en l’occurrence une mondialisation boiteuse et incomplète ajoutée à un enfermement dogmatique mentalement destructeur, très présentes dans les débats sur les réseaux sociaux, se propageant avec une rapidité étonnante, de façon absurde, et souvent sans logique aucune, pour être vidées de leurs sens, et donner ainsi naissance à un extrémisme plus violent chez beaucoup de personnes, les poussant à la fin au comportement terroriste. Et tout cela, dans une région où sont réunis de nombreux facteurs favorables au terrorisme avec des taux atteignant des proportions sans précédent aux niveaux local, régional et international, au point que le terrorisme est devenu non seulement une menace pour tous les aspects de la vie et de la civilisation sur la terre, mais également un obstacle au message divin qui conçoit l’homme comme le successeur de Dieu sur terre.

Il est à noter qu'il est difficile de considérer un seul facteur pour expliquer le terrorisme ou pour expliquer pourquoi beaucoup de personnes se joignent à des organisations terroristes, vu que c’est le résultat d’un cumul de nombreux facteurs aussi bien internes qu’externes. Ainsi, l'occupation américaine de l'Irak est considérée comme l'une des principales raisons de l'émergence de l’une des organisations terroristes les plus extrémistes, à savoir Daesh, sans parler de la situation de faiblesse et de vulnérabilité structurelles des pays de cette région fragmentée. En effet, la situation de troubles en Syrie et en Irak a créé des failles dans le paysage social et politique, permettant ainsi aux groupes terroristes de s’y développer. A cela s’ajoute l'état d'exclusion et de marginalisation dont souffre la communauté sunnite dans ces pays, ainsi que la réduction de la marge de manœuvre nécessaire au compromis entre les parties.

Par ailleurs, on ne peut en aucun cas négliger le facteur de privations économiques – qu’il ne s’agit nullement de surestimer-, étant donné que la plupart des auteurs des derniers actes terroristes en Europe souffrent de pauvreté et vivent dans les quartiers enregistrant un fort taux de chômage et souffrant de négligence. D’autres, issus de la classe moyenne, ont été recrutés, soit à travers les médias sociaux qui diffusent une image attirante de ces organisations, soit suite aux tentations matérielles et morales accordées par ces organisations à ceux qui les rejoignent.

Néanmoins, il y en a ceux qui pensent que les activités terroristes ne pourraient s’expliquer par seul la pauvreté, comme peut en témoigner le cas des pays les plus pauvres dans le monde aujourd'hui où le terrorisme n’existe pas, alors que d'autres pays sont touchés, en dépit de leur croissance économique rapide et de la hausse du revenu par habitant. Cela ramène ainsi certains chercheurs et penseurs à approfondir leur réflexion concernant la relation étroite entre pauvreté matérielle et terrorisme, en impliquant une variable autre que la misère et la pauvreté, à savoir la question identitaire et non pas uniquement celle économique. En effet, l'une de ces études indique que la plupart des membres des mouvements islamistes radicaux sont des jeunes de vingt ans, qui, certes, sont issus de milieu rural ou de petites villes et appartenant à la classe moyenne ou la classe moyenne inférieure, mais qui ont bénéficié d’une bonne éducation et sont pour la plupart des ingénieurs ou des scientifiques, dont les familles sont unies. Cependant, ils se sont retrouvés en marge des deux cultures : une culture d’origine correspondant à une partie de leur vie, et une culture d’adoption, imposée par la nouvelle situation qu’ils ont réussi à atteindre sur le plan matériel ou même intellectuel. Et dans leur tentative de fuir cette aliénation et parfois la marginalisation sociale, c’était le début des activités terroristes.

Sean Wilentz, professeur d’histoire à l'Université de Princeton, soutient cette idée et ce, contrairement à beaucoup d’autres, en affirmant que les terroristes qui ont participé aux événements du 11 Septembre ne l’ont pas fait pour des raisons économiques ni pour se rebeller contre la privation matérielle ou leur situation économique, voire leur pauvreté matérielle, mais leur objectif était de changer la carte du monde dans laquelle ils occupaient une position dans l'ombre. Et ce qui permet de conforter cette thèse c’est bien leur niveau de vie matériel, leur niveau d’éducation, et les avantages économiques dont ils ont bénéficié.

Selon ce même point de vue, le terrorisme n’est pas le produit de la pauvreté seulement, dans la mesure où non seulement le niveau de vie des membres des groupes islamiques est relativement plus élevé que les autres musulmans vivant dans le même pays, mais aussi ils sont plus à même de participer au jeu politique, en raison des moyens de persuasion dont ils disposent, de leur capacité de mobilisation et des ressources financières nécessaires en leur possession.

Il en va de même aux États-Unis et en Europe, où le niveau de vie des musulmans est élevé, sans oublier les groupes islamistes extrémistes économiquement prospères qui se trouvent dans les pays musulmans. En revanche, les mouvements islamiques extrémistes dans plusieurs communautés pauvres ne prospèrent pas, ce qui a amené certains à dire que c’est bien la richesse et non la pauvreté qui contribuera au développement des mouvements extrémistes, en arguant que la richesse donne aux individus la possibilité de réfléchir sur les questions idéologiques et politiques une fois qu’ils sont économiquement repus!

Il semble que l'interprétation occidentale du terrorisme dans le monde musulman a conduit certains à insister sur la priorité des facteurs matériels et la pauvreté dans la montée du terrorisme, et non, par exemple, sur les facteurs de marginalisation ou d'exclusion, ce qui a fait l'objet de la critique cinglante de nombreux chercheurs conscients de la différence des cadres cognitifs et intellectuels entre Orient et Occident. Dans cette perspective, ils ont confirmé cette erreur d'interprétations matérielles superficielles des mouvements islamiques, et leur manque de conviction quant aux facteurs non matériels tels que la mauvaise interprétation des versets coraniques, l’enchevêtrement des pratiques culturelles et des traditions religieuses et historiques, et l'exploitation du vide intellectuel chez les jeunes, ainsi que d'autres facteurs qui ne sont pas pris en compte dans les recherches occidentales. Ce qui ouvre d’autres perspectives de réflexions plus approfondies dans la recherche des causes non-économique et matérielles du terrorisme.

Ainsi, la lutte contre les activités terroristes ne dépend pas de l’amélioration des taux de croissance économique à travers les subventions et les aides économiques. Il ne s’agit pas non plus d’adopter les valeurs occidentales, car cela ne réduit pas l'écart entre l’Orient et l’Occident, dans la mesure où cela pourrait être contre-productif en cas d’absence de sensibilisation des citoyens. Cela contribuerait à renforcer le sentiment de discrimination quant au déséquilibre dans la distribution des ressources par l’Etat, conduisant à un sentiment de marginalisation parmi les plus démunis, qui, dans ce cas, ne manqueront pas seulement d'argent, mais souffriront d'intégration sociale. Une telle interprétation était convaincante après les événements de Londres (les explosions de Juillet 2005), où étaient impliqués des enfants d’immigrants en Grande-Bretagne issus de la 3ème génération. C’est à partir de là que l’on a commencé à recourir à une terminologie relative à la marginalisation et au tiraillement entre deux cultures, en reléguant au second plan le facteur de la pauvreté.

Il n’en reste pas moins que dans la lutte contre le terrorisme, on doit prendre connaissance de ce qui se passe dans toute la région arabe, dans cette phase de transition qui connaît l'effondrement des Etats-Nations et un état de chaos et d'instabilité, favorable à la montée des milices armées à caractère sectaire, religieux ou ethnique, ainsi que la chute des anciens rapports de force, sans pour autant créer de nouvelles perspectives de paix alternatives. Cela rend le scénario du terrorisme, de la violence et de la fragmentation politique et géographique plus prévisible à long terme, surtout que l'alternative consensuelle n’est pas envisageable dans de nombreux pays et communautés arabes.

Enfin et surtout, il faudrait noter que la plupart des terroristes sont incapables de comprendre que les actes terroristes ne pourraient pas libérer un peuple, et que les efforts de résistance et de lutte les plus féroces sont historiquement liés au bien-fondé de l’objectif déclaré par la résistance et de la légitimation des moyens, et il s’agit là d’une autre approche du terrorisme et des médias.

taille de caracters
-
+
Courriel*
x