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La relation symbiotique entre les médias et le terrorisme
Publié(e) par Prof. Taha Najem
Prof. Taha Najem.  

Les médias et le terrorisme sont devenus encore plus interdépendants entretenant une relation mutuellement avantageuse, souvent décrite comme (symbiotiques). Cet article traite de cette dynamique, et illustre la nécessité pour les agences de presse d’assurer un juste équilibre entre le droit du public à l’information contre la capacité des terroristes armés d'exploiter la couverture médiatique pour promouvoir leurs croyances. Pour leur part, les médias tirent profit de l’état de confusion et d'angoisse résultant des attaques terroristes pour produire une sorte d’informations à caractère dramatique pour attirer l'attention des téléspectateurs et des lecteurs.

En ce qui concerne les extrémistes, ils calculent avec précision la portée et le but, le lieu et le timing des attaques, afin de susciter l'intérêt des médias, ou en d'autres termes, pour diffuser leurs messages à l'échelle mondiale. Et plus la couverture médiatique du terrorisme est importante et se prolonge, plus les sentiments de réussite, de puissance et d’influence des terroristes deviennent plus grands. A ce propos, Bruce Hoffman, directeur du Centre d'études stratégiques de l'université de Georgetown, a souligné que « les terroristes ne peuvent pas obtenir l'influence maximale possible que par la propagation de la terreur et de la colère à un public beaucoup plus large. »

Michael Stolz, l'un des spécialistes dans ce domaine, est probablement celui qui s’intéresse le plus à l'analyse de la conception théorique des articles qui traitent du terrorisme, de ses domaines, formes, et pratiques sous toutes ses manifestations dans certains pays d'Asie, d'Amérique latine et d’Afrique, soulignant que la grande majorité des points de vue distinguent deux types de terrorisme : le premier est le terrorisme d'Etat, le deuxième est le fait de groupes et d’individus. Ces avis ont souligné aussi que le moyen le plus efficace dans la lutte antiterroriste consiste dans l’analyse spécifique, historique et nationale des événements terroristes, afin de mettre en évidence leurs dimensions et objectifs organisationnels au sein de la communauté, tout en prenant garde de ne pas tomber dans la simplification et la généralisation.

Il est possible d’expliquer les liens de cohabitation entre les médias et le terrorisme par le fait que les médias considèrent ces événements tragiques comme une source fertile en matière d’informations et de scoop médiatique susceptible alors de confirmer le statut de ces moyens, et de les réhabiliter parmi les sources d’informations fiables, et comme une sorte de marketing et de promotion des médias, qui concorde avec la vision des auteurs des actes terroristes, lesquels considèrent que le simple fait d’attirer l’attention médiatique leur permet déjà de gagner en légitimité au sein de la communauté, un peu comme pour trouver un espace illégitime à l’intérieur de l'organe légitime. La preuve en est que les objectifs importants d'une attaque terroriste consistent souvent à faire de la propagande pour une cause donnée : dans certains cas, la propagande est le seul objectif : les terroristes visent principalement la propagande plutôt que les revendications politiques concrètes.

Certains chercheurs démontrent le bien-fondé de l'opinion précédente en affirmant que la couverture médiatique est déterminante pour le succès tactique d'une attaque terroriste au point que la qualité de la couverture médiatique des événements terroristes pourrait ne pas être aussi importante pour les terroristes que l’ampleur et la tonalité de cette couverture. En d'autres termes, une attaque terroriste pourrait parfois échouer à atteindre ses visées tactiques tout en réalisant ses objectifs de propagande. Cependant, cette interprétation peut parfois être unidimensionnelle, car nous ne pouvons pas dissocier la qualité de la couverture médiatique de la réaction du public, ni supposer que tous les terroristes recherchent en premier lieu la propagande aux dépens de leurs autres objectifs tactiques ou politiques. De même, il n’est pas possible de comprendre la relation symbiotique entre les médias et le terrorisme en présence de l'Etat.

Les médias promeuvent parfois, et par inadvertance, les actes terroristes et leur consacrent un volume médiatique qu'ils ne méritent pas eu égard aux objectifs que le travail d’information ou les activités terroristes visent à atteindre, y compris la gloire, le pouvoir, l'argent et l’impact idéologique. En effet, il existe un soi-disant jeu d'intérêts communs entre terroristes et médias, vu qu’ils tirent profit tous les deux des actes terroristes, où les terroristes gagnent une publicité gratuite pour leurs actes, et les médias en tirent un bénéfice financier car les reportages diffusés sur ce sujet augmentent leur audimat ainsi que la valeur des spots publicitaires qu’ils transmettent. Cela a conduit certains politiciens à exiger que le libre accès aux médias soit interdit aux terroristes, parce que la couverture par les médias des actes terroristes et les entrevues avec les terroristes sont perçus comme une sorte de récompenses ou rétribution pour leurs actes criminels, dans la mesure où ils leur offrent, ainsi faisant, la possibilité de s’exprimer en public et de justifier leurs actes, entrainant une sorte de sympathie au détriment de l'acte criminel lui-même. En effet, plusieurs personnes impliquées dans des actes terroristes ont affirmé que, ayant été affectées par les contenus diffusés par les chaînes satellitaires ainsi que certains sites Web à ce sujet, elles ont décidé de rejoindre les organisations qui incitent à perpétrer les attentats à la bombe et les opérations-suicides.

Michael Jetter, professeur à l’Ecole d'Economie et des Finances de l'Université EAFIT de Medellin, en Colombie, a effectué une étude sur plus de 60 000 attaques terroristes perpétrées entre 1970 et 2012, rapportées par le New York Times. Jetter a indiqué qu’« au cours de ces dernières années, le monde a connu une augmentation exponentielle terrifiante du nombre d’attaques terroristes ». La Base de Données Mondiale sur le Terrorisme a listé 1 395 attaques en 1998, un nombre qui n'a cessé d'augmenter depuis lors, atteignant un record de 8441 en 2012.

« Les organisations terroristes reçoivent une large couverture médiatique », a déclaré Jetter. Il a aussi ajouté que le terrorisme était partout, sur les écrans de télévision, dans les journaux et à la radio. Nous sommes également conscients que les terroristes ont besoin d'une couverture médiatique pour diffuser leur message, créer de la peur et recruter des adeptes. Selon Jetter, un article supplémentaire du New York Times sur une attaque dans un pays donné a augmenté le nombre d'attaques ultérieures dans le même pays de 11% à 15%. Les résultats soulignent l'importance de limiter la couverture médiatique des actes terroristes, afin de conduire à une baisse de ces attaques. Jetter a noté que 42 personnes meurent chaque jour d'attaques terroristes contre 7123 enfants qui meurent de causes liées à la faim.

Il a ajouté ceci : « Ce que ce document suggère est que nous avons besoin de repenser la couverture sensationnaliste du terrorisme et cesser de fournir aux terroristes une plateforme de propagande gratuite. ». « La couverture médiatique des autres événements qui causent plus de mal dans le monde ne doit pas être négligée aux dépens des marathons médiatiques qui traitent des cruautés des terroristes. »

On pourrait dire que les chercheurs doivent consacrer du temps à l'étude de la relation délicate entre les médias et le terrorisme afin de mieux comprendre les liens entre les deux entités, étant donné que les terroristes cherchent à atteindre le plus grand nombre de personnes pour les influencer. En effet, les contenus diffusés par les médias risquent d’affecter des millions, sinon des milliards, de personnes qui, autrement, n’auraient rien su de l’événement, ce dont les terroristes ont parfaitement conscience : sachant que les médias peuvent exercer une influence sur l’opinion publique et les décideurs, ils les utilisent pour arriver à leurs fins, d’autant plus que les groupes terroristes doivent exercer des pressions auprès des gouvernements et susciter le sentiment de peur parmi la population.

Sans l'attention des médias, un groupe terroriste n’est en mesure d'atteindre aucun de ses quatre objectifs:

  1. Personne ne pourra connaître son nom ni son idéologie.
  2. Il n’est pas possible de communiquer avec ses adeptes.
  3. Il n’est pas possible de communiquer avec les membres du gouvernement local.
  4. Il ne peut se présenter comme une alternative politique légitime à l'administration actuelle.

Au vu de ce qui précède, le présent rapport va plus loin en affirmant que sans l'attention médiatique soutenue aux opérations terroristes, l’opinion publique réalisera les limites des activités des groupes terroristes, ce qui les amènera à changer leur tactique pour soit devenir des acteurs politiques légitime, soit disparaître lentement et se désintégrer.

Prof. Taha Najem
Professeur de Médias à l'Université Arabe Naif pour les Sciences de la Sécurité
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