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Les racines de l’extrémisme: la barbarie et la beauté
Publié(e) par Dr. Faleh ben Flehan Al-Roueily
Dr. Faleh ben Flehan Al-Roueily.  

Le livre intitulé “La gestion de la barbarie” (Management of Savagery) du théoricien d’Al-Qaïda Abou Baker Naji, n’était pas qu’une série d’articles exposant la pensée et la stratégie d’Al-Qaïda et sa guerre avec l’ennemi proche et lointain. Nous pourrions plutôt dire que ce livre fut L’expression de l’identité de cette organisation sous toutes ses déclinaisons ultérieures, une identité qui reflète le fond et la profondeur de l’extrémisme en traduisant les caractéristiques de l’âme extrémiste, sa réalité et sa quintessence en pratiques palpables incarnées par les atrocités de la barbarie.

Le philosophe de “La Civilisation” Malek Bennabi observe une contradiction patente entre la barbarie et la laideur d’une part, et la beauté de l’autre, en soulignant qu’(une laideur ne peut inspirer de belles, ni de grandes idées. Le laid ne peut qu’engendrer de laides idées, et partant, de laides actions, de laids comportements).

Du point de vue socioculturel, le sentiment du beau est la source des idées positives, constructives et sublimes, le bien et le beau sont tout aussi indissociables, et tout dysfonctionnement dans ce sentiment esthétique engendré par les images des corps démembrés, ensanglantés, égorgés, calcinés et torturés aura d’emblée une incidence sur l’âme humaine, une incidence qui se traduira par un comportement socioculturel en conformité avec ces intrusions barbares.

L’art est lié au goût esthétique, dans la mesure où la relation entre l’art et la beauté est si étroite que l’art est considéré comme l’une des manifestations de la beauté, et que l’objectif de tout art est de “produire de la beauté”.

"La guerre menée contre Daech en Irak et en Syrie n’a réussi qu’à faire avorter le projet de la création de l’État (l'État du Califat), sans s'attaquer aux idées, conceptions et dogmes de l’organisation." Une étude portant sur l’État Islamique “DAECH” fait observer que les combattants viennent de milieux éducatifs disparates. Presque la moitié d’entre eux ont été formés dans des instituts supérieurs ou des universités. Et alors que les organisations extrémistes ont attiré des centaines d’ingénieurs et de médecins, 44% des adhérents aux mouvements djihadistes sont effectivement des ingénieurs, les artistes restent les moins tentés par les appels et la vision des organisations djihadistes extrémistes ; il est en effet très rare qu’un artiste rejoigne les rangs des organisations djihadistes.

Nous remarquons que l’Etat Islamique ferme les portes des facultés des beaux-arts dans toutes les zones placées sous son contrôle. Les arts sont prohibés et les artistes sont persécutés. Les tableaux, les sculptures et les monuments au sein des musées ainsi que dans les régions envahies par l’EI ont été saccagés.

Quant à cette animosité entre la barbarie et l’art, nous pensons que l’art constitue une forme de conscience sociale et d’activité humaine. Il représente également une vision marquée par la liberté et l’absence des restrictions, contrairement à l’extrémisme qui traduit une vision limitée et étroite de la vie et du monde, et qui s’avère réfractaire à toute diversité.

L’art pour juguler l’extrémisme

L’esprit en proie à la déception, avec tous les sentiments négatifs et odieux qu’il peut receler, est considéré comme l’essence même de l’extrémisme. Cet esprit souffre de confusion et de tension résultant de l’incapacité de composer avec la pression exercée par l’entourage, tant sur le plan politique que sur les plans économique, social ou autres. Les êtres fragiles qui ne déploient aucun effort pour se contrôler ou pour dominer leurs émotions vivent dans une tension permanente, c’est bien la force intérieure de l’être humain qui constitue le garant de la maîtrise de soi ainsi que de la gestion de l’énergie et des activités. Elle est aussi le garant de la résistance aux pressions perturbantes du monde extérieur.

"Le mépris de soi engendre les tendances les plus criminelles; l’extrémiste estime que la vie est profane et qu’elle ne mérite pas d’être vécue, il aspire donc à se sacrifier pour se délivrer du présent. " L’être humain est en effet le seul être dont la vie exige une aptitude constante et permanente à brider ses élans impétueux. Les gens ont donc besoin de freins sociaux pour maintenir leur état d’équilibre mental, dans la mesure où la société instaure et façonne les valeurs, les mœurs, les principes et la bonne conduite de l’individu, lesquelles valeurs confèrent à ce dernier un sentiment du “réel” qui est un élément primordial et 1indispensable pour préserver son être de toute agression. Et c’est bien ce sentiment du ‘réel’ qui détermine la différence entre le suicide et l’attachement à la vie. Le suicidé souffre d’un trouble mental qui l’amène à penser que la vie ne mérite pas d’être vécue! Cela explique la perte du sentiment du “réel” chez l’extrémiste, qui estime que la vie est profane et qu’elle ne mérite pas d’être vécue. Il aspire donc à se sacrifier pour se délivrer du présent.

Quant au mépris du soi, il engendre “ les conflits les plus criminels parce qu’il crée chez l’individu une haine fatale de la réalité qui le condamne et qui dévoile ses défauts”. En revanche, l’être humain pourrait progresser en transformant la tension en création et créativité et en satisfaction productive. Cela est rendu possible par le sentiment profond de l’existence d’un objectif l’ancrant fortement dans la réalité.

Le développement des différents aspects esthétiques de la création artisitque chez l’homme est l’un des moyens qui renforcent le lien entre ce dernier et sa réalité, la relation entre l’art et la beauté étant si étroite que l’art est considéré comme l’une des manifestations de la beauté, et nul n’est à même de renforcer la confiance en soi ou la reconciliation avec soi comme la capacité constante de créer: Voir les choses se développer, grandir entre nos mains jour après jour. La corrélation entre la disparition des artisanats, de nos jours, et la déception exacerbée qui attire l’individu aux mouvements extrémistes, n’est pas à écarter.

(Dans un article du quotidien the Guardian, publié le 21/6/2016, la journaliste Helene Dancer rapporte la victoire sur Daech d’un groupe de jeunes tunisiens marginalisés, grâce au graffiti. Selon l’article, ces jeunes sont parvenus à organiser, dans la rue, des rencontres et des événements auxquels ont été conviés des rappeurs internationaux, des danseurs ainsi que des artistes. Des ateliers ont été également tenus et des formations dispensées pour apprendre le Graffiti aux jeunes, et ce, pour promouvoir leur identité, leur conscience du réel ainsi que leur estime de soi, afin de les prémunir des mouvements extrémistes.

Ainsi, le soutien aux aspects artistiques et esthétiques dans les différents champs et domaines et la prise en charge des expositions et des événements artistiques tant par les institutions publiques que par la société civile constituent sans doute l’un des moyens les plus importants pour juguler l’extrémisme et l’empêcher de sévir, afin que les jeunes puissent s’exprimer et s’épanouir en toute liberté.

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