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Les racines de l'extrémisme: Colère morale et haine instrumentalisée
Publié(e) par Dr. Faleh bin Fleihan Al-Ruwaili
Dr. Faleh bin Fleihan Al-Ruwaili.  

"Ces frustrés représentent la large majorité des nouveaux adeptes des mouvements extrémistes. La frustration constitue à elle seule une raison suffisante pour déclencher la plupart des comportements caractéristiques de la personne aux croyances extrémistes, toujours prête à se sacrifier pour la cause sacrée" Le phénomène de l'extrémisme individuel est lié au problème de l’incapacité de l’individu à s'adapter aux circonstances environnantes, politique, sociale ou économique, de sorte qu'il ne peut répondre aux changements permanents de l'environnement auquel il appartient, et ce, bien que les sociétés humaines ne puissent être exemptes des problèmes, qui constituent le symbole de leur pérennité. Ainsi, le manque de capacités d’adaptation mène à la frustration et à la colère. C’est ainsi que les organisations extrémistes attirent ces individus, en entretenant les tendances et pulsions qui dominent leurs esprits désabusés et en colère. D'autant plus que les humains ont tendance à chercher à l’extérieur d’eux-mêmes les facteurs qui façonnent leur vie, pour ensuite reporter sur autrui la responsabilité de leurs propres échecs. Ces frustrés représentent la large majorité des nouveaux adeptes des mouvements extrémistes, qu’ils rejoignent par ailleurs de leur plein gré. La frustration constitue à elle seule une raison suffisante pour déclencher la plupart des comportements caractéristiques de la personne aux croyances extrémistes, toujours prête à se sacrifier pour la cause sacrée.

En outre, les organisations extrémistes attisent la colère personnelle et la relient à la colère morale, en récupérant les souffrances et la détresse des gens dans les zones de conflit, de guerre et de catastrophe, qu’ils tendent à dépeindre comme la parfaite illustration du déclin moral dans le monde. Ils instrumentalisent, à cette fin, une idéologie religieuse étayée par des textes sacrés. Ainsi, l'adoption des idées extrémistes fournit les prétextes nécessaires pour mettre fin au déclin de la société par le recours à la violence.

Le sentiment d'injustice, conjugué principalement à la frustration, contribue à ébranler le système de croyances et de pensée de l'individu. Ainsi, celui-ci devient exposé, perméable et particulièrement réceptif à l’attrait des idées qui lui parviennent des forums de discussion et de dialogue ainsi que des réseaux sociaux sur le net et qui le confortent dans ses convictions déjà établies et renforcent le sentiment d’injustice qui l’habite.

" Le sentiment d'injustice contribue à ébranler le système de croyances et de pensée de l'individu. Par ailleurs, les événements traumatiques, qui exacerbent le sentiment d’ijustice chez l’individu, sont à l’origine de l’émergence de l’extrémisme" Les événements traumatiques, qui exacerbent le sentiment d’injustice chez l’individu, sont à l’origine de l’émergence de l’extrémisme, et c’est ainsi que l’idéologie radicale opère en canalisant les frustrations personnelles et en en reportant la responsabilité sur autrui ou sur la société toute entière. Par ailleurs, la déception face à la situation politique pourrait également renforcer l’attrait de l'idéologie radicale. Ainsi, Nidal Malik Hassan , par exemple, était animé par une colère grandissante, contre ce qu'il considérait comme une politique étrangère américaine visant à tuer ses frères musulmans au Moyen-Orient. En effet, l’individu qui a subi un traumatisme pourrait se dissocier de son identité et chercher des visions du monde alternatives pour compenser sa perte. Ces nouvelles idéologies extrémistes reposent souvent sur des croyances qui donnent un sens à la douleur, offrent à leurs adeptes une nouvelle identité et augmentent leur estime de soi.

Outre le sentiment d'injustice provoqué par un traumatisme personnel, prendre conscience de la souffrance d'autrui pousse souvent l'extrémiste à agir. À cet égard, le chercheur sur les mouvements djihadistes Scott Atran affirme ceci : les gens qui se sont fait humilier ne recourent souvent pas à la violence, mais ce sont plutôt ceux qui ont vu leurs proches se faire humilier qui cherchent à les venger. Les enfants de migrants de deuxième et troisième générations, par exemple, nourrissent une colère personnelle à l’égard des agents de police qui leur sont hostiles, d’une culture majoritaire suspicieuse et méfiante à leur endroit ainsi que de leur incapacité à trouver un travail décent, même s'ils avaient reçu une bonne éducation. Ils assistent à l'humiliation quotidienne de leurs aînés par les autorités qui les traitent comme des moins que rien.

La colère catalyseur de la haine :

" La colère personnelle et morale, quand elle est instrumentalisée, se transforme en haine profonde, au point de dominer l’individu et d’animer en lui l’envie ardente de se fondre dans les autres entités similaires, pour ainsi former une population prête à s’enflammer" La colère personnelle et morale, quand elle est instrumentalisée, se transforme en haine profonde. Cette haine pousse l’individu à l’abandon du soi distinctif, et à l’oubli de la réalité du monde qui l’entoure et elle le transforme en une entité tronquée et sans identité, animée par une ardente envie de se fondre dans les autres entités similaires, pour ainsi former une population prête à s’enflammer. Par ailleurs, la haine collective est en mesure d’unir des individus très différents , de même que la haine viscérale peut donner un sens et un but à leur vie insignifiante. Par conséquent, les personnes qui souffrent de la futilité de leur vie cherchent à lui trouver un nouveau sens, non seulement en embrassant une cause sacrée, mais aussi en plongeant dans les méandres de l’obscurantisme. Les organisations extrémistes offrent aux frustrés ces deux alternatives.

La haine profonde constitue le facteur unificateur le plus inclusif et le plus évident dans la mesure où les organisations extrémistes ne peuvent ni prendre forme ni se répandre sans la croyance en un « diable », quelle que soit la symbolique qu'il puisse prendre, à savoir, les Croisés, les despotes, les « Renaissances », les mécréants, les hypocrites, etc. Le succès des organisations extrémistes se mesure bien souvent à leur capacité de trouver leur propre diable et lui donner corps.

Le génie de celui qui forme et lance une organisation terroriste et contribue à la propagande et diffusion de ses idées se manifeste dans sa capacité à trouver l’ennemi parfait ainsi qu’à prêcher la bonne doctrine et à projeter, élaborer et mettre en œuvre des programmes. Paradoxalement, les adeptes des religions sémitiques souffrent du sentiment de culpabilité quand un large fossé se creuse entre les enseignements de leur religion et leur réalité remplie de péchés. Lorsque l'extrémisme fait son apparition, le sentiment de culpabilité se transforme en haine flagrante. Ainsi, à mesure que se radicalisent les adeptes d’une doctrine donnée, aussi noble soit-elle, la haine redouble d’intensité. Aux États -Unis, les motifs à caractère religieux président à 43% des attaques perpétrées par les Loups solitaires.

Les assoiffés de vengeance et de justice, qui se considèrent comme faisant partie des "Musulmans opprimés", lesquels se sentent réprimés par l'Occident ou par des régimes autoritaires, estiment qu'ils devraient venger les victimes , comme par exemple Anis Amri, l’auteur de l’attentat au camion-bélier perpétré à Berlin le 23/12/2016 ; Muhammad Riyad, l’auteur de l’attaque à la hache du 18/7/2016, sur la ligne de chemin de fer de Treuchtlingen à Wurtzbourg, en Bavière, en Allemagne, ainsi que Michael Zehaf-Bibeau, le tireur de la fusillade du 23/10/2014 au Parlement canadien.

Les dispositifs de confinement face à la menace terroriste :

La lutte contre l'extrémisme et le terrorisme requiert des efforts d’analyse considérables pour comprendre leur structure et leurs racines, y compris la colère personnelle exacerbée, combinée à la colère morale. Par ailleurs, les risques engendrés par les facteurs sociaux et culturels, dont l’extrémisme, et les menaces qu’ils représentent, nécessitent la mise en place de partenariats solides et authentiques entre les différents acteurs de la société, tels que les gouvernements, les organisations de la société civile, le secteur privé, les centres et institutions universitaires ainsi que les médias.

En outre, il s’agit également d’accorder une attention particulière à l'enfance et l'adolescence, vu que plus les préventions des dérives extrémistes et terroristes sont précoces, plus concluants et plus efficaces sont les efforts de maitriser l’évolution du fléau et de mettre fin aux actes de violence. Ainsi, les interventions au sein de la famille et de l’école relèvent de ces interventions précoces, dans la mesure où la création d’un espace de communication parents/ enfants sur des sujets de culture générale contribue considérablement à la mise en place des valeurs de paix et d'acceptation de l'autre ainsi que l’amélioration de leurs personnalités. De plus, ce dialogue peut avoir un effet bénéfique sur le comportement futur des adolescents, renforcer leur capacité d'adaptation aux circonstances stressantes et changeantes de leur environnement, et les aider ainsi à mieux gérer les facteurs de la colère personnelle et morale, en vue de la transcender et la canaliser, comme dans les activités artistiques et sportives. Cela vaut également pour les écoles, où il est possible de promouvoir la capacité des adolescents à prendre des décisions rationnelles et bien réfléchies concernant leurs réponses éventuelles face aux changements environnementaux, en veillant à ne pas dissocier le processus éducatif de leur construction comportementale.

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